salon de musique

Ce salon de musique sur asuivre.com est un espace de travail [work in process] destiné à la praxis sur ce qui fait tension entre concevoir (faire du design) et recevoir (vivre ce qui a été designé). Ecouter, mais plus; plutôt naviguer dans des espaces. S’orienter, ressentir, dialoguer, partager des réflexions critiques sur l’agir, l’action. De la musique au sens premier du terme à la musique des choses, des goûts, des sens et des sensations.

Il permet d’explorer et d’expérimenter des notions qui ont été impulsées par un travail sur le film « Le Salon de Musique », réalisé par le cinéaste indien Satyajit Ray, et des recherches dans le cinéma japonais, liées à la notion de benshi (弁士), des narrateurs japonais vedettes de l’ère du cinéma muet. Revisiter ces travaux entre Inde et Japon et les articuler avec des recherches en Europe, liées à la narration et au design, font penser à ce qui se faisait déjà dans les salons de musique au 18ème et 19ème siècle, carrefours où dialoguaient musiciens et écrivains, poètes, philosophes et peintres, et qui ont permis le renouveau de formes, l’accès et la participation des amateurs, le perfectionnement des instruments, l’imposition de nouvelles esthétiques, le mélange des disciplines, l’essor de la mélodie, du quatuor, …

Que s’ouvre le Salon de Musique !

Que se passe-t-il si on fait intervenir un.e Benshi dans le Salon de Musique ?

En 1996, en tant que boursier de la Fondation du Japon, je proposais le Benshi comme métaphore du « récit interactif » : une personne, près d’un écran, raconte une histoire inspirée de ce qui se passe, ou pourrait se passer, à l’écran. La tradition du Benshi au Japon vient en connexion avec l’invasion des innovations cinématographiques dans les salles de théâtre. Mais il faut remonter au Bunraku, Noh, Kabuki et revoir les influences de ces personnalités qui sentaient le public et le faisaient vibrer. Présents dans la salle, ils commentaient l’intrigue, incarnaient les voix des personnages avec théâtralité et guidaient les spectateurs. Aujourd’hui, en narration interactive, on dira que ce conteur devient l’interface, adaptant le rythme et l’intensité dramatique en fonction de leur perception des attentes du public.

En 2007, après plusieurs installations high-tech en réalités mixtes et augmentées, j’ai lancé PechaKucha Brussels, que l’on peut aussi qualifier de récit interactif low-tech, à la manière du Benshi, tel qu’il était pratiqué à Tokyo et dans ses environs au début du XXème siècle. On retrouve ici une personne debout près d’un écran, partageant une histoire. Or c’est en 1996 que j’avais entamé cette exploration de la notion de Benshi, en tant que Japan Foundation Fellow, dans le cadre du travail Kigeki No Hoshi, avec notamment la vidéo-installation Tokyo Vignettes.

Je l’ai ensuite poursuivi avec le moteur logiciel narratif Transfiction et dans des conférences et ateliers, avec les notions de transintermédiation narrative et d’extrafiction (dans le cadre de l’International Transmedia Storytelling Seminar, en 2012, à l’ Espacio Fundación Telefónica à Madrid, avec Fernando Carrión, Henry Jenkins, Lina Srivastava, Mayus Chavez, Bill Boyd, Robert Pratten, Javier González Casado, …).

En 2014, nous avions travaillé, avec Stéphane Orlando, et les comédiens Mélissa Cornu et Eric De Staercke, sur TempoBenshi à La Bellone, à Bruxelles, mêlant films muets, musique en direct et performance théâtrale.

Cet espace sur asuivre.com souhaite donc prolonger les réflexions sur la création, la conception et la réception des idées, en se basant notamment sur le travail rédigé dans le cadre des études cinématographiques à l’Université de Bruxelles : « Que s’ouvre le Salon de Musique ! » et le séjour à Tokyo, dans le cadre d’un Japan Foundation Fellowship. On les complètera par différents matériaux glanés au fil des déambulations médiatiques, cinéphiliques, gustatives et autres. On naviguera entre idées, images, sons, goûts, modèles, métaphores, textures, tons, tensions, … le tout en tempo. On propose de reprendre ces investigations narratives et musicales, scéniques et performatives; et de les prolonger dans une nouvelle configuration, à la « Benshi in the Music Room ».

Alok b. Nandi • www.aloknandi.net